Profession de foi

Cette profession de foi, écrite il y a quelques années est toujours d’actualité, bien que je ne sois plus aujourd’hui producteur laitier mais artisan fromager … Je reste fidèle à ma démarche de départ en maintenant ma volonté de produire et vendre localement un produit de qualité !

Des produits fermiers bien vivants, un enjeu pour demain

Depuis les années 1950, la politique agricole a contribué à éliminer beaucoup de paysans: mécanisation, remembrements, rentabilisation, développement des élevages hors-sol en sont les multiples facettes.

Aujourd’hui, le milieu rural est en voie de désertification même si le phénomène n’est pas flagrant vu de l’extérieur. Sur notre commune de Prendeignes, on comptera bientôt moins de résidences principales que de résidences secondaires. Combien fermeront encore ? Disparitions programmées, organisées des paysans, il fallait de la main-d’œuvre pour l’industrie, les administrations… Mais maintenant ?

Il faut, dès à présent, trouver des voies pour une agriculture paysanne qui réconcilie tradition et modernité. Avant la période « tracteur », les paysans vendaient leurs produits au marché: volailles, légumes, œufs, fromages…Certes, ils se faisaient bien « avoir » sur les foires par les marchands de bestiaux, mais nos groupements coopératifs actuels sont-ils bien différents ? Les paysans, aujourd’hui, sont dépossédés de la liberté de vendre: le prix est fixé à l’avance et il y a peu de concurrence entre acheteurs…

Petit à petit, en cinquante ans, les paysans sont devenus les fournisseurs des industries agro-alimentaires. Au début, les prix proposés sont intéressants, on se développe, on fait des projets… Seulement, dans ce système, le pouvoir s’est déplacé… Initialement, le marché était plus ouvert, les prix meilleurs… Avec le développement des grandes centrales d’achat et la multiplication de l’offre, tous les prix ont été tirés à la baisse. Le prix de quasiment tous les produits agricoles est le même aujourd’hui que dans les années 75. De tout cela, le consommateur ne voit rien car à l’étalage rien ne baisse…

L’agriculture de l’an 2000 est composée d’environ 300 000 paysans gros producteurs et pollueurs surtout concentrés dans les régions riches et de quelques 500 000 autres qui ont plusieurs alternatives pour survivre: trouver un équilibre

Économique avec les aides de l’Etat, avoir des revenus extérieurs à l’agriculture, ou explorer de nouvelles voies, telles que la vente directe, l’agriculture biologique, les activités d’accueil…

Nous avons choisi la vente directe.

Nous produisons sur la ferme un lait de qualité qui trouve son goût dans l’alimentation de nos animaux. Ils sont nourris quasiment à 100 % avec les produits issus de nos terres.

Faire un bon produit, c’est avant tout ne pas rechercher un rendement maximum. La quantité tue la qualité, c’est une évidence, même si beaucoup vous expliquent que dans les « gros » élevages tout est mieux maîtrisé, les animaux plus performants…

Nous transformons notre lait en yaourts en travaillant de manière artisanale. Avec des fabrications de 1200 yaourts à la demi-journée, nous sommes ridicules à côté des géants du yaourt. Mais l’objectif n’est pas d’en faire toujours plus…

Nous cherchons à gagner notre vie en faisant un produit fermier de qualité !

Nous voulons pour l’avenir une agriculture de qualité, respectueuse des traditions « gastronomiques » de chaque région. Nous voulons une agriculture proche des consommateurs, à l’écoute des autres catégories sociales. Cela passe par la vente directe. Il faut retrouver un rapport direct entre producteur et consommateur pour assurer un revenu au premier et une garantie de qualité au second. Nous voulons échanger, débattre, et avancer avec vous. Il n’est pas question pour nous de rester enfermés sur nos fermes en se contentant des industries agro-alimentaires et des supermarchés pour satisfaire les besoins de nos contemporains. Notre société est très cloisonnée, il faut retrouver des lieux d’échanges et de convivialité. Il est impensable à l’époque actuel de ne pas savoir ce que l’on mange, ne pas comprendre ce qui compose notre assiette, de ne pas connaître ceux qui produisent tout cela.

Et si un jour, chaque région, chaque pays mangeait à sa faim les produits de son terroir en faisant vivre correctement ce qui en font leur travail… Peut-être ce jour-là aurons-nous appris à connaître et à comprendre au lieu de stresser en poussant un caddie dans un grand hangar métallique… Nous vivons dans un monde où la vitesse, le stress font la richesse de quelques-uns et le malheur de beaucoup…

Je reprends ici un dicton qui me plait beaucoup car il caractérise bien les quinze ans déjà passés en vente directe : « Mieux vaut allumer une bougie que maudire les ténèbres ». Puisse ces paroles nous inspirer tous pour bâtir un monde meilleur !

Bernard Ferrand