Philosophie

Ici et nulle part ailleurs …Retrouver la sagesse

Je suis venu au monde dans un coin du Lot, fils d’une famille de paysans enracinés sur les pentes du Ségala. Nous avons grandi en appréciant ce qui nous entoure. Nous connaissons tous les recoins de notre environnement. Les arbres nous les avons vu grandir, le terrain a évolué, nous avons donné de notre sueur pour aménager notre outil de travail.

Ce n’est pas qu’un travail, c’est un devoir ou plutôt une vocation. Planter des arbres, des fleurs, tailler des haies, entretenir un ruisseau c’est notre fierté. Le métier de paysan prend ici toute sa noblesse. Il est par définition un habitant du «pays » qui tire parti du milieu naturel pour satisfaire ses besoins et ceux de sa famille.

Mais ce milieu nous devons réapprendre à le respecter, à le ressentir au plus profond de nous. Nous nous sommes éloignés de la terre … Même nous qui en sommes si proches nous la comprenons mal, nous avons aujourd’hui les moyens de la faire produire sans lui demander son avis. Nous violons ainsi les lois naturelles à coup d’engrais, de pesticides, d’hormones…Mais cela est pure folie! Pourquoi produire toujours plus pour nourrir plus de monde? La finalité de l’espèce humaine est-elle de se reproduire comme un virus sur cette planète ? Serons-nous plus heureux quand nous serons trois fois, quatre fois, dix fois plus nombreux ? Nous sommes sur cette terre les prédateurs ultimes, nous sommes herbivores et carnivores, nous mangeons les poissons de la mer, les animaux de la terre, les graines et les fruits et nous détruisons tout ce qui nous résiste. Nous creusons pour puiser le minerai, le pétrole… Nous polluons l’air et les rivières bientôt nous serons incapables de respirer sans masques, de sortir sans habits protecteurs; nous devrons investir des sommes énormes pour résoudre les problèmes que nous avons contribué à créer. Il n’y aura pas de solutions simples et faciles, les problèmes sont bien trop complexes; il faudra analyser chaque réponse dans toutes ses répercussions. Il est urgent de penser l’avenir, nous ne pouvons continuer à épuiser notre planète ainsi. L’agriculture est de plus en plus polluante, l’industrie disperse ses déchets aux quatre coins de la planète, même nos activités domestiques sont sources de pollution. Il faut dès à présent trouver des formes d’existence beaucoup plus respectueuse de l’environnement. Il y va de la survie de l’espèce humaine sur la terre.

Les apprentis-sorciers qui tirent les ficelles sont les multinationales. Industries pétrolières, industries chimiques, industries agro-alimentaires ne pensent qu’à sortir le nouveau produit qui va augmenter leur profit sans en voir les retombées sociales ou environnementales. Le profit justifie tout, on parlera de créations d’emplois, de balance commerciale, d’augmentation du produit intérieur brut et vingt ou trente ans après on commencera à mesurer le désastre et comme de bien entendu personne n’est responsable. Seulement, qui va payer? Comme d’habitude, tout le monde sauf ceux qui ont fait les profits…

En Bretagne, l’eau n’est plus potable, en ville l’air est irrespirable, le chômage augmente, la désertification des campagnes se poursuit, les autoroutes dévorent le paysage, les centres commerciaux sortent de terre comme des champignons. Sommes-nous si bêtes pour ne pas voir que tout ceci est une symphonie organisée en haut lieu ?

Ils s’attaquent maintenant à la génétique pour adapter les êtres vivants à leur conception de la rentabilité maximum. Nous sommes en danger car nous avons sacrifié notre liberté et notre dignité pour devenir des consommateurs.

Tout se paye ! Pour se nourrir, pour se déplacer, se loger, s’habiller, se distraire, il faut payer ! Nous sommes devenus des hommes et des femmes spécialisés parfaitement adaptés à ce que l’on attend de nous : Travailler chacun dans notre case et surtout n’oubliez pas de consommer !

Pour redevenir des hommes complets, il nous faut réapprendre à produire par nous-mêmes les choses nécessaires à la vie comme la nourriture, l’énergie, le logement. Les compétences, nous pouvons les acquérir ou bien les trouver autour de nous .Travailler est libérateur, retrouvons les gestes simples et créatifs et arrêtons de consommer sans se poser de questions !

Il faut réapprendre à être et laisser de côté le paraître.

Bernard Ferrand